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Regards croisés sur la légitimité de l’informel
Regards croisés sur la légitimité de l’informel

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Antoine Hochet
antoine.hochet @ univ-mayotte.fr


Victor Bianchini
victor.bianchini @ univ-mayotte.fr

Publié le 28 mai 2019



Regards croisés sur la légitimité de l’informelAppel à communication

Colloque à Mayotte (Dembéni, CUFR de Mayotte, 28-29 novembre 2019)

Argumentaire

Le succès du concept d’économie informelle auprès des institutions internationales de développement n’est plus à prouver. Mais, au regard des réalités observées, sa pertinence reste toujours sujette à débat dans le champ académique puisqu’en fonction des auteurs il peut être qualifié de concept analytique “faible”, “désuet” voire d’“imposture”. Bien que l’expression d’économie informelle soit d’abord apparue sous la plume de l’anthropologue Keith Hart, les économistes, les statisticiens et en particulier l’OIT ont joué un rôle crucial pour la définir, mais également pour la mesurer grâce à l’élaboration et à l’articulation d’une pluralité d’indicateurs.
Initialement, l’économie informelle était synonyme d’activités de subsistance en milieu urbain des populations les plus défavorisées au sein des Pays en voie de développement. Les principaux bailleurs internationaux anticipaient alors sa disparition grâce à la mise en oeuvre de grands projets d’investissement en accord avec les thèses évolutionnistes du développement économique en vigueur à l’époque. Mais, à la suite des politiques d’ajustements structurels des années 1980 et l’échec des grands projets modernisateurs, le constat de la permanence voire de l’expansion du phénomène a conduit les analystes à repenser ses fonctions et sa présumée disparition : l’économie informelle a dès lors été conçue comme un champ d’activités aux propriétés vertueuses en ce qu’il permet d’amortir les crises en période de récession par l'absorption de la main d’oeuvre du secteur formel ; hyperflexible, lieu de solidarité et d’innovation, elles ne serait plus un phénomène parasitaire, mais un champ d’activités économiques composé d’entrepreneurs “nus-pieds” et ingénieux à formaliser. La théorie des capabilités a par la suite offert une grille d’analyse particulièrement adaptée pour faciliter cette formalisation : les décideurs ont alors orienté leurs politiques vers un renforcement du potentiel des travailleurs informels, notamment par la suppression des barrières à l’entrée dans l’économie formelle (financières et non financières) ou plus concrètement, par le déploiement de dispositifs tels que le microcrédit, la formation voire la simplification des procédures administratives. Au sein des organisations de référence sur la question, la définition de l’économie informelle s’est alors précisée, notamment en distinguant le secteur, les entreprises et l’emploi informels (CIT, 2002 ; CIST, 1993, 2003). Enfin, les approches statistiques se sont également perfectionnées dont une des formes les plus abouties est sans doute l’enquête 1, 2, 3.
Moins visibles auprès des institutions, les anthropologues ont également produit des observations fines des logiques sociales qui structurent l’économie informelle notamment en mettant au coeur de leur analyse la notion de légitimité de ses activités
elle-même liée à la question de la légalité. Le concept d’économie morale apparu en 1962 sous la plume de Thompson, puis développé par Scott et récemment revisité dans les années 2000 se révèle particulièrement pertinent pour rendre compte de cette légitimité. Plus que des règles économiques, une économie morale véhiculerait des principes de bonne vie, de justice, de dignité, de respect, en somme de reconnaissance (Fassin, 2009). L’économie morale ainsi définie offre alors une grille d’analyse qui formalise l’existence de “sphères d’échanges” autres que celles du marché régulé et montre la centralité de l’ “économie domestique” ou de ce que les économistes qualifient également d’économie populaire, solidaire ou spontanée. Mais le concept peut également s’étendre aux activités illégales et toutes autres formes de pratiques corruptives liées au système formel (Olivier de sardan, 1996). De ce point de vue, il permet de souligner les relations d’interdépendance entre le formel et l’informel, ou autrement dit, le rôle de l’État et de ses institutions ainsi que la porosité de leurs frontières dans un contexte où la mondialisation des échanges et des mobilités contribue à élargir les réseaux des pratiques informelles.

Soixante années après l’apparition du concept, malgré les ressources consacrées à la formalisation de ses pratiques, la prédominance des activités informelles n’est plus à démontrer : aux dernières estimations, l’emploi informel concernerait 60% de la population mondiale (OIT, 2018). Le constat d’échec à réduire l’ampleur de l’économie informelle entraîne alors toute une série de questions : tout d’abord, la précision des définitions institutionnelles et la finesse des méthodes statistiques sont-elles suffisantes pour comprendre la permanence et les transformations des pratiques économiques informelles ? S’il y en a, quelles sont les dernières innovations en recherche expérimentale pour les mesurer ? L’apport d’autres sciences sociales privilégiant les approches qualitatives et l’analyse socio-historique est-il pertinent pour comprendre le phénomène ? Intégrer une dimension normative de la perception de la légitimité des pratiques informelles dans des analyses quantitatives de grande échelle, nous permettrait-il d’éclairer les décideurs publics afin d’élaborer de nouveaux outils pour la résorber ? Qu’en est-il du rôle des autorités et notamment des États à l’égard des pratiques économiques informelles ?
Pour répondre à ces questions toujours d’actualité, le colloque cherchera à établir un dialogue entre économistes, anthropologues, sociologues, juristes, politistes ayant pour objet d’étude les pratiques informelles dans les Suds et dans les Nords en orientant les discussions autour de deux principaux axes.

1. La légitimité contestée du système économique formel

Rendre compte de la légitimité des pratiques économiques informelles nécessite également de considérer celle du système formel. Le colloque a donc également pour vocation d’interroger la légitimité du système économique formel. Seront particulièrement appréciées :

  • Des propositions intégrant une perspective historique ou basées sur des objets d’études contemporains de formes d’organisations économiques informelles contestataires, de contournement ou souterraines.
  • D’autres qui expliquent des phénomènes de résurgences synchroniques ou diachroniques de mobilisations populaires remettant en cause la légitimité de
    l’économie formelle, dans sa façon de générer de l’exclusion et/ou de la concentration ostentatoire des richesses.

  • En n’oubliant pas toutes celles sur la légitimité des indicateurs socio-économiques dans les prises de décisions. Cela pourra aussi être l’occasion de discuter du raisonnement formel dans les sciences économiques et sociales, et de la manière dont il façonne l’orientation des politiques publiques.

2. Les autorités face à la porosité entre l’informel et le formel : nouvelles pratiques aux Nords et aux Suds

Il conviendra également d’interroger le rôle des autorités à l’égard des relations de complémentarité voire d’interdépendance entre le système formel et les pratiques informelles en deçà et au-delà de la légalité. Dans les définitions des institutions internationales, l’analyse de pratiques illégales et illégitimes sont généralement distinguées de l’économie informelle. Mais dans la réalité, la porosité entre les systèmes formel et informel est souvent avérée. À ce titre, des contributions développant des analyses “vues d’en bas”, mais également “d’en haut”, situées dans les Suds et dans les Nords, seront bienvenues pour rendre compte de la tolérance des autorités à l’égard des pratiques corruptives. Il s’agira ainsi de ne plus seulement rendre compte des pratiques informelles des pays en voie de développement mais également de pratiques informelles globalisées, dont certaines formes s’actualisent désormais en des réseaux de dépendances et de redevabilités qui s’étendent au-delà des frontières nationales (réseau de clandestinité, blanchiment d’argent, évasion fiscale, etc.). Par exemple, on pourra réfléchir à la possibilité de logiques similaires qui expliqueraient la tolérance des autorités béninoises sur la vente d’essence frelatée de contrebande provenant du Nigéria aux abords des grands axes de la capitale, l’indulgence des autorités des Tigres asiatiques à l’égard d’ateliers de sous-traitance en infraction au respect de la législation sur le travail décent, ou encore l’attentisme des autorités françaises à l’égard de leurs concitoyens et de leurs entreprises pratiquant l’évasion ou l’ “optimisation” fiscale.

Calendrier

Publication de l’appel : 6 mai 2019

Envoi des projets de communication (5 000 signes max., portant mention des coordonnées, statut et rattachement institutionnel) : 20 juin 2019

Adresse email des envois : colloquesurlinformel @ univ-mayotte.fr

Sélection des projets retenus et information aux auteurs : 1er juillet 2019

Envoi du pré-programme du colloque : 30 septembre 2019

Envoi des textes des intervenant-e-s : 15 octobre 2019

Envoi du programme définitif : 1er novembre 2019

Tenue du colloque : 28-29 novembre 2019

Envoi des textes finalisés pour possible publication : 1er février 2020

Publié le 29 mai 2019



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